Un projet pilote de vente encadrée de cannabis se prépare en Rhénanie-du-Nord

L’Allemagne continue d’avancer, pas à pas, sur le terrain de la régulation du cannabis. Après la légalisation partielle entrée en vigueur en avril 2024 — permettant la détention et la culture à usage personnel ainsi que la création de clubs de consommateurs — un nouveau jalon pourrait se profiler à Neuss, une ville de quelque 150 000 habitants située en bordure de Düsseldorf.

Selon les informations disponibles, un collectif de professionnels travaille actuellement à la constitution d’un dossier en vue d’obtenir l’autorisation d’ouvrir un point de vente spécialisé en centre-ville. L’originalité du projet réside dans sa vocation explicitement scientifique : il ne s’agirait pas d’un commerce ordinaire, mais d’un dispositif d’observation structuré, conçu pour produire des données sur les comportements d’achat, les profils de consommateurs et les effets du cadre légal sur le marché.

Sur le modèle des essais suisses

Le projet s’inspire ouvertement des pilotes helvétiques, qui font figure de référence en Europe. En Suisse, plusieurs villes — dont Bâle, Berne et Zurich — mènent depuis quelques années des expériences encadrées de vente légale de cannabis à des consommateurs volontaires inscrits, dans le but de comparer les résultats avec le marché illicite et d’alimenter le débat législatif en données objectives.

La démarche allemande s’inscrit dans cette même logique : utiliser le commerce comme terrain d’étude plutôt que comme simple vecteur commercial. Les porteurs du projet à Neuss entendent ainsi contribuer à l’évaluation de la politique de légalisation en cours, un exercice que le législateur fédéral allemand a lui-même encouragé en prévoyant des expérimentations régionales de vente réglementée dans le texte de loi adopté en 2024.

Un cadre légal encore en construction

La légalisation partielle allemande, portée par la coalition tripartite sous Olaf Scholz, reste incomplète à ce stade. Si la possession jusqu’à 25 grammes dans l’espace public et la culture de trois pieds à domicile sont désormais tolérées pour les adultes, la vente commerciale au détail n’est pas encore généralisée. Elle ne peut s’effectuer, pour l’heure, que dans le cadre strict d’associations de consommateurs (les Cannabis Social Clubs) ou via des pilotes scientifiques expressément autorisés.

C’est précisément dans cette fenêtre réglementaire que s’engouffre le projet de Neuss. Obtenir le feu vert des autorités compétentes — vraisemblablement au niveau du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie — constitue la première étape, et elle n’a rien d’acquis.

Mise en perspective : qu’est-ce que cela change pour le marché européen ?

L’initiative allemande, même à l’échelle d’une ville moyenne, revêt une portée symbolique considérable. L’Allemagne est le plus grand marché de consommateurs de cannabis en Europe, et toute avancée concrète dans le modèle de distribution légale y est scrutée de près par les acteurs de l’industrie, les investisseurs et les régulateurs des pays voisins.

En France, où le débat sur la légalisation reste politiquement bloqué, les expériences étrangères — suisses, néerlandaises, allemandes — servent souvent d’arguments dans les discussions parlementaires et associatives. Chaque projet pilote qui aboutit constitue un cas d’usage supplémentaire pour ceux qui plaident en faveur d’une régulation encadrée plutôt que d’une prohibition maintenue.

Le projet de Neuss n’est pour l’heure qu’au stade de la demande. Son issue dépendra autant de la volonté politique locale que de la solidité du protocole scientifique présenté. À suivre.

Source : Newsweed.fr


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