Quand l’interdiction crée le problème qu’elle prétend éviter

Il y a une ironie cruelle dans la séquence réglementaire que traverse actuellement le marché français du CBD alimentaire. En voulant encadrer — ou plutôt bannir — les huiles et tisanes à base de cannabidiol de la catégorie des denrées alimentaires, les autorités françaises pourraient bien avoir déclenché exactement ce qu’elles cherchaient à prévenir : une consommation hors de tout contrôle, dans des circuits invisibles.

C’est du moins ce que pointe Radio France dans un reportage qui met en lumière une réalité déjà bien installée : les achats basculent vers la livraison postale, directement depuis des vendeurs étrangers ou des plateformes en ligne échappant à toute supervision nationale.


”C’est directement livré par la Poste”

La formule, rapportée par Radio France, résume à elle seule le paradoxe. Des consommateurs habitués à acheter leurs huiles CBD en boutique ou auprès de producteurs locaux se retrouvent aujourd’hui à passer commande sur des sites basés aux Pays-Bas, en Suisse ou en Espagne — des pays où la vente de ces produits alimentaires reste légale et encadrée.

Le colis arrive dans la boîte aux lettres, sans étiquetage conforme aux normes françaises, sans traçabilité sur la composition exacte, sans recours en cas de problème. Personne ne vérifie. Personne ne contrôle. C’est précisément l’inverse de ce qu’une réglementation sanitaire est censée garantir.

Des consommateurs interrogés décrivent une frustration qui tourne parfois à l’absurde : ceux qui achetaient hier leurs tisanes CBD en herboristerie, dans un cadre parfaitement transparent, se voient aujourd’hui contraints d’arpenter des forums, des groupes Telegram ou des marketplaces grises pour trouver les mêmes produits.


Les producteurs français en première ligne

Pendant ce temps, côté offre, le tableau est sombre. Les producteurs bretons — la Bretagne concentre une part significative de la filière chanvre française — évoquent des pertes allant de 40 à 80 % de leur chiffre d’affaires, du jour au lendemain. Des exploitations qui avaient investi dans une reconversion vers le CBD légal, misé sur la transparence et la qualité, se retrouvent sans débouché commercial sur leur propre territoire.

Ce sont précisément les acteurs les plus vertueux — ceux qui traçaient leurs produits, respectaient les seuils de THC, travaillaient avec des laboratoires certifiés — qui sont les plus durement touchés. Pendant que leurs homologues étrangers, moins contraints, captent la demande française via un colis posté depuis l’étranger.


Une réglementation qui se retourne contre elle-même

L’équation de la prohibition partielle

L’histoire économique et sanitaire regorge d’exemples où une interdiction mal calibrée déplace la demande sans la supprimer. Le CBD alimentaire en France semble suivre ce schéma avec une précision déconcertante.

La demande existe. Elle est documentée, massive, et portée par des consommateurs adultes qui ont fait un choix de consommation dans un cadre légal. Supprimer ce cadre légal ne supprime pas la demande — elle la rend simplement opaque, non traçable et potentiellement moins sûre.

Ce que dit cette situation du cadre réglementaire européen

La tension est d’autant plus vive que plusieurs États membres de l’Union européenne maintiennent la vente de CBD alimentaire dans leurs circuits de droit commun. La France se retrouve ainsi dans une position isolée, qui crée mécaniquement un appel d’air vers des fournisseurs hors frontières — sans que le consommateur français bénéficie d’aucune des protections que la réglementation nationale est censée lui offrir.

Pour de nombreux observateurs de la filière, la question n’est plus de savoir si l’interdiction est juste ou injuste sur le plan des principes. Elle est plus pragmatique : une réglementation qui pousse les consommateurs vers des circuits non contrôlés remplit-elle encore sa mission de protection ?

La réponse, pour l’instant, semble appartenir aux boîtes aux lettres françaises plutôt qu’aux textes officiels.


Source : Radio France


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Source : news.google.com